Le jeu comme outil Storytelling Transmédia dans l’industrie de la musique

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a joystick, a turntable and a laptop on a desk

A l’ère où l’industrie de la musique n’est pas au meilleur de sa forme, il est important de redéfinir le modèle économique classique (Major → artiste → publicité → public) pour capter son auditoire. Pour se faire connaître du grand public, il ne suffit plus d’être présent sur le web (boutique en ligne et/ou profil Facebook) et de faire de la publicité.

Le storytelling transmédia, à savoir l’art de raconter une histoire autour de l’univers musical de l’artiste sur divers supports multimédias, semble être la nouvelle alternative pour ce business en perte de vitesse. Dans ce contexte, le jeu est un moyen très intéressant pour faire rentrer les auditeurs dans votre univers.

L’industrie de la musique aujourd’hui

Aujourd’hui, la musique est devenue un produit de consommation courante. Avec l’avènement des sites de diffusions d’écoute gratuite tels que YouTube, Spotify, Deezer, etc., l’auditeur se retrouve noyé dans une profusion de musique.

Et c’est un paradoxe, plusieurs études récentes ont démontré que les auditeurs écoutaient de moins en moins de musique. Si par le passé, on passait plus de temps dans les rayons des disquaires à écouter des albums, faire son choix, sa sélection, parfois même, nous repartions avec un album sans même l’avoir écouté, juste parce que la pochette était belle. Choix discutable ou regrettable par la suite, mais le plaisir de découvrir un album, une chanson était bien là. Souvent les albums choisis au hasard se trouvaient être une bonne surprise et c’est ceux-là même qui nous accompagnaient le plus longtemps.

vinyl records digger

Aujourd’hui, parce que le choix devient infini, on peut passer d’une musique à une autre en un seul clic. Choisir la musique en fonction de son humeur. 5 secondes d’introduction, si cela ne nous plaît pas, nous zappons trop rapidement au risque de passer à coté d’un excellent artiste.

La conséquence de ce résultat est très néfaste pour les artistes. Spécialement pour ceux qui possèdent un univers original ou particulier. Il devient alors difficile d’accrocher, de faire rentrer dans votre univers de « potentiel nouveaux auditeurs « .

Le Storytelling Transmédia : Un nouveau mode de consommation de la musique

C’est là que rentre dans l’équation, le jeu comme outil de Storytelling Transmédia.
Savoir raconter des histoires transmédia, c’est savoir les raconter via différents supports comme les blogs, réseaux sociaux, mélangeant images, sons et vidéos. Ainsi en exploitant au maximum les spécificités des différents supports, tout en jouant sur leurs complémentarités, il devient aisé de créer une expérience unique, originale et globale. Un excellent moyen de faire découvrir un album, un univers, un projet musical mais également de faire vivre la musique au-delà des canaux standardisés comme les concerts, radios, tv…

Dans une stratégie de storytelling transmédia, le jeu devient un outil puissant aux mains de l’artiste pouvant être décliné sous différentes formes.

Définition selon le « pape » du storytelling transmédia, Henry Jenkins, professeur au MIT :

Le Storytelling Transmédia représente un procédé où l’intégralité des éléments d’une histoire sont systématiquement dispersés au travers d’une multitude de canaux dans le but de créer une expérience divertissante unie et coordonnée. Idéalement, chaque moyen de communication apporte son unique contribution au déroulement de l’histoire.

transmedia storytelling diagram

Apparition et évolution du terme Transmédia

1966
Dick Higgins, artiste et écrivain américain, dans le contexte de la guerre du Vietnam, publie un article appelé Statement on Intermedia. Il met en évidence que l’intermédia est une ouverture de la pensée créatrice en dehors de toute restriction à un seul domaine de l’art. Il décrit également qu’avec l’arrivée en masse des télévisions dans les foyers américains, la population a besoin de plus en plus de distractions et de regarder le monde qui les entours sous différentes perspectives. Ce qui est expliqué en partie par l’émergence dans les années 60 des « Happening », « Events Pieces », « Mixed Media (Art utilisant différents supports sur une œuvre, bouge dans le temps et est non statique) ».

Entre 1970 et 80
Les artistes pionniers de L’Art Télématique firent des expériences de narration collective, en mixant les ancêtres des réseaux actuels de télécommunication. Deux projets majeurs utilisèrent des satellites pour relier la côte Est à la côte Ouest des États-Unis. Il s’agissait d’un spectacle de danse interactif entre les artistes interprètes. 25 000 spectateurs répartis sur les deux côtes pouvaient ainsi participer à des danses interactives et assister à des spectacles musicaux mélangés en temps réel et juxtaposés sur un même écran. Ces artistes produisirent à la fois des visions et des théories critiques de ce qui allait devenir le Transmédia.

1991
Le terme de Transmédia est en réalité apparu lorsque Marsha Kinder, professeur à l’USC (School of Cinematic Arts, Critical Studies, California), mentionna des « commercial transmedia supersystems » dans son livre Playing with Power in Movies, Television and video Games pour évoquer le pouvoir de la narration Transmédia dans la relation entre le public et la manipulation commerciale.

1999
Sortie du film « The Matrix » des The Wachowskis. C’est le premier film réalisé et pensé autour d’une narration Transmédia.

matrix, the film

2003
Henry Jenkins, professeur au MIT, écrit un premier essai intitulé Transmedia Storytelling, introduisant la notion d’une expérience « d’Entertainment unifiée et coordonnée ».
C’est en 2006 qu’il popularisera le terme de Transmédia avec son ouvrage intitulé Convergence Culture. Il y traite notamment de la triple convergence des usages, des technologies et des contenus.

Selon Jenkins :

* « Une histoire Transmédia se développe sur plusieurs supports média, chaque scénario apportant une contribution distincte et précieuse à l’ensemble du récit ».
* « Cette nouvelle forme de narration permet de passer d’une consommation individuelle et passive à un divertissement collectif et actif ».

La définition la plus connue du Transmédia reste celle de Jenkins. Doyen du département de l’USC (School of Cinematic Arts, Critical Studies, California), il fût pendant dix ans directeur du programme d’études comparées des médias au MIT. Il est l’auteur d’une douzaine de livres sur divers aspects des médias et de la culture de masse.

Dans cette série de 5 articles, nous vous présenterons 5 artistes ou groupes de musique qui ont eu recours au storytelling transmédia pour vous embarquer dans leurs univers à la fois complexes, fantastiques et captivants.

Affaire à suivre…

Épisode 1 : Nine Inch Nails
Épisode 2 : Jay Z
Épisode 3 : Gorillaz
Épisode 4 : Arcade Fire
Épisode 5 : Johnny Cash
Outro : Comment relancer le business de la musique ?